Organisez votre mariage oriental facilement

“Je suis un Dqaïqi”, annonce fièrement Yassine. De père pakistanais et de mère algéro-marocaine, ce musicien talentueux baigne dans l’univers des Gnawas depuis le berceau. A 35 ans, il a créé un groupe de « Dakka Marrakchia », baptisé « Les lions de l’Atlas » (LDA), à Paris. Avec ses quatre acolytes, il transcende cet art chargé en émotions. Roulements de tambours ! Place au Maalem*.

Les Lions de l'Atlas, la Dakka Marrakchia, star des mariages orientaux, fondée par Yassine.
Raconte-nous tes premiers pas dans l’univers de la « Dakka » ?

J’ai commencé la musique à l’âge de cinq ans, je jouais des karkabas* et d’autres percussions. Toute ma famille, originaire de Oujda (Maroc), est « Gnawie». Chaque été, j’assistais à des évènements gnawis. J’ai commencé la Dakka en 2015 et en 2017,  avec mon associé, Mohamed, expert des instruments de notre discipline, on a créé notre groupe, les Lions de l’Atlas (LDA). Mohamed a débuté la Dakka alors qu’il était encore adolescent au Maroc. Il a fait partie des premiers groupes de Dakka en France, dans les années 2000, c’est un pionnier surdoué.

Quelles sont les origines de la Dakka ?

La Dakka Marrakchia est originaire de Taroudant, dans le sud du Maroc. C’est dans cette ville que cet art musical soufi et sacré, appelé alors Dakka Roudania, est né dans les années 1960. Il était joué avec des instruments tels que les «Krakebs» (castagnettes) et les «Bendirs» (percussions) entre autres. Pour être complet le mot « Dakka » signifie « frapper» en arabe, il traduit le rythme des percussions. Ensuite il s’est popularisé à Marrakech et dans le reste du Maroc.

Peux-tu nous présenter les principaux styles que tu maîtrises ?

Avec mon groupe, on sait faire tous les styles populaires comme les Aissawas qui sont des chants traditionnels originaires de Meknès. On utilise de nombreux instruments comme la Ghita (ghayta) -la grande trompette-, les kerkabas, les percussions, les guembris, les derboukas, les bendirs etc. Lbola bola emploie une grande variété d’instruments tels que des saxophones et des trompettes, comme dans une grande fanfare de mariage. Quant aux Gnawas (gnaouas), ils ont un grand répertoire musical, hérité d’un style d’Afrique noire. Les Gnawas représentent une confrérie religieuse populaire dont les pratiques sont issues de cultes subsahariens « importés » par les générations d’esclaves africains installés au Maroc. La musique gnawa est donc considérée comme un art mystique. Un groupe célèbre comme Nass el Ghiwan mélange un peu tous ces styles.

Qu’est-ce qui caractérise une bonne Dakka ?

L’idée dans un groupe de Dakka, c’est que chaque musicien joue une partition qui répond à un autre musicien, dans une belle harmonie. Si les autres jouent fort alors on se met au diapason et on joue aussi fort. On appelle ça le « mizane », l’équilibre entre les rythmiques.

 

On cherche toujours à se perfectionner, on répète beaucoup avec mes collègues. Ce qui nous distingue aussi c’est qu’on peut tenir longtemps sur des instruments à vent, de longues minutes sur une trompette par exemple, il faut avoir le cardio !

Et on fait le show avec des chorégraphies entraînantes, ça plaît beaucoup.

« En France on est très en retard sur les tendances du mariage »
Quel regard portes-tu sur ton travail ?

Je trouve qu’en France on est très en retard par rapport aux tendances du Maroc et de la Belgique et je déplore une vraie méconnaissance de notre métier. Quand je rencontre des prestataires lors de mariages, je réalise qu’ils ne connaissent pas notre art ni nos traditions beldis*.

La Dakka Marrakchia Les Lions de L'Atlas
Et toi personnellement, t’écoutes quel genre de musique ?

Avant j’écoutais beaucoup de rap américain, mais depuis que je me consacre complètement à cette activité, j’écoute essentiellement des musiques marocaines.

« On a joué à l’Olympia avec Dystinct, c’était exceptionnel ! »
Qui sont tes clients ?

Ils sont dans toute la France, j’ai autant des Maghrébins que des Comoriens ou même des Français de souche. On fait un peu de tout : les mariages, les baptêmes, les anniversaires, les festivals et des concerts.

 

Récemment j’ai fait la première partie du chanteur « Dystinct » à l’Olympia. C’était un moment exceptionnel. Jouer en direct dans une salle mythique c’était génial !

On s’est également produit pour l’humoriste marocain Amine Radi et bien d’autres. Les gens nous choisissent pour le show, l’ambiance, notre bonne humeur et notre maîtrise des styles traditionnels.

 

A ce jour, on a dû assurer plus de 200 prestations. Pour moi, une entrée de mariés se fait forcément au son de la Dakka, c’est spectaculaire et plus classe !

En parlant de classe et d’élégance, où sont confectionnés vos magnifiques costumes ?

Je gère tout moi-même : je crée les tenues, je choisis les tissus, les coupes et je les fais confectionner au Maroc.

Elles sont composées souvent d’un jabador, d’un selham (une cape) et de babouches.

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui veulent se lancer dans la « Dakka » ?

Il faut se former, apprendre les bases des instruments, être très motivé et travailler beaucoup.

Quels sont tes projets ?

Je dors très peu car je travaille beaucoup sur les chorégraphies, nos costumes et je m’occupe des réseaux sociaux.

J’ai plein de rêves : lancer ma marque de vêtements et travailler dans l’organisation et la coordination d’événements parce que je connais tout le monde dans le milieu du mariage oriental.

Et pour finir, quel est le moment de ta vie qui mérite le plus de youyous ?

Bah j’aurais aimé dire mon mariage mais je ne suis pas encore marié (rires !) alors je vais dire le concert à l’Olympia avec Dystinct.

Glossaire :

 

  • Maalem expert, maître-artisan

  • Beldi : traditionnel

  • Gnawa (gnaoua) : inscrite au patrimoine de l’Unesco, c’est une musique et une transe chorégraphiée héritée de pratiques africaines ancestrales, mélangées à des influences arabo-musulmanes et berbères. Les musiciens gnawis, identifiés comme des guérisseurs spirituels issus d’une une confrérie religieuse se produisent lors de mariages, de cérémonies spirituelles ou encore de festivals.

  • Karkaba : castagnettes en acier